Halt and Catch Fire (Saisons 1 à 4)

Halt and Catch Fire est une série américaine en 4 saisons, créée par Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers, et diffusée entre 2014 et 2017.

Au début des années ’80, Joe MacMillan, grand visionnaire devant l’Éternel, recrute deux génies de l’informatique, Cameron Howe et Gordon Clark, pour partir à la conquête du marché de l’ordinateur. Tout au long des 4 saisons, rejoints par Donna Clark et John Bosworth, les trois comparses participent à la révolution numérique qui s’opère sur une décennie décisive, de l’ordinateur portable en passant par la naissance du World Wide Web.

HCF affiche

Série pour les « geeks » ? Pas du tout !

La série s’attache à une authenticité historique – car elle se calque sur la chronologie de l’époque en confrontant les protagonistes à des concurrents bien réels tels qu’IBM, Apple et Yahoo !mais pas rébarbative – car elle s’attarde sur les plus petites sociétés œuvrant dans ce domaine, combatives, innovantes et souvent prises de court par la compétitivité et le manque de moyens.

Je ne suis pas une flèche en informatique, dépassée pour ainsi dire (… même si j’y travaille), alors je vous assure que OUI, cette série est faite pour tous (et pour vous) ! On l’évoque souvent comme la meilleure série dont personne n’a entendu parler. Et bien je dis qu’il faut que cela change ! Dans mon TOP séries, elle est première ex-aequo avec The Leftovers, c’est dire …

Nous allons passer en revue les différentes raisons pour lesquelles vous devez regarder Halt and Catch Fire :

1)    L’écriture y est remarquable !

Rares sont les séries que je qualifierais de « bien écrites » car, par définition, on entend et on ne s’attarde pas sur cet aspect pour un objet visuel, mais ici, pas de doute, c’est dialogué à la perfection, et en plus de cela, l’écriture fait sens et y est nécessaire. Ça ne blablate pas à tort et à travers pour rien, il n’y a pas de fioritures, le jeu reste primordial, et les scénaristes laissent la place à quelques monologues, pari souvent risqué à mon sens, qui ont continué à raisonner encore bien longtemps après leur visionnage dans mon esprit. En voici un extrait (ce sera toujours mieux en version originale mais ça vous donne une idée) :

« (…) La sécurité est un mythe. Contrairement à ce qu’on vous a dit, mes amis, vous n’êtes pas à l’abri. La sécurité est une histoire. C’est quelque chose qu’on raconte à nos enfants pour qu’ils s’endorment. Mais ça n’a rien de réel. Méfiez-vous, humains désorientés. Méfiez-vous des charlatans qui vous vendront un avenir faux. Des mauvais professeurs, des chefs d’état corrompus et des entreprises malhonnêtes. Méfiez-vous des flics et des voyous. Ceux qui vous volent vos rêves. Surtout, méfiez-vous les uns des autres parce que tout est sur le point de changer. Le monde va totalement s’ouvrir. Quelque chose se profile à l’horizon : une connectivité massive. Les barrières entre nous vont disparaître, et nous ne sommes pas prêts. On se fera du mal différemment. On vendra, on sera vendus. En exposant notre fragilité, on sera moqués et détruits. On sera très vulnérables. On en fera les frais. Impossible de dire qu’on ne peut plus se protéger. C’est un danger immense, un risque gigantesque, mais ça en vaut la peine. Si on apprend à prendre soin les uns des autres, cette super nouvelle connexion dévastatrice ne nous isolera pas. (…) »

Ryan Ray, Halt & Catch fire, saison 3, épisode 8.

Les scénaristes nous transmettent un réel point de vue dans ce monologue, mais également dans tout ce qui fait le personnage de Ryan Ray. À ce moment-là de la série, nous sommes aux prémices d’Internet, et Ryan nous parle de l’héritage qu’il est en train de construire, dans lequel nous baignons, celui de l’ultra-connectivité. J’en suis encore à décortiquer ces mots pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, si raccordés, si dépendants et accrochés. À l’heure où tout est à ma portée grâce à un simple clic, je veux me méfier, comme Ryan Ray me le recommande, de ce que nous impose malgré nous de grandes entités. Mais pour cela, je dois accepter le changement et l’évolution que la technologie représente, sans pour autant m’extraire du monde. Je veux donc essayer d’utiliser les différents outils à bon escient. Et pour cela, je vais commencer par adapter ce que l’on voudrait exiger de moi par de simples gestes qui seraient passés inaperçus il y a encore de ça 10 ans : refuser l’immédiateté. Je ne veux pas me sentir soumise et dépendante de mon téléphone ou de ma boite mail. Je veux pouvoir choisir quelle est ma disponibilité vis-à-vis du monde sans pour autant m’en couper.

Pour en revenir à l’écriture, son élégance et sa justesse rendent la série fluide, cohérente, inspirante et interpellante.

2)    La réalisation. 

Désolé d’avance de ne pas utiliser un vocabulaire de cinéaste averti, mais c’est ce qui me vient en premier et qui résume le mieux mon sentiment : c’est tellement bien filmé !

Déjà, la caméra s’attarde sur les comédiens d’une façon à les mettre toujours en exergue : on voit leur visage, leurs yeux, leurs expressions. Et de différentes individualités nait alors un ensemble indissociable. Si je ne m’exprime pas clairement, je vais prendre comme exemple Breaking Bad, où il y a cette façon un peu similaire de filmer le détail sans jamais plomber le rythme (évidemment accompagné par le montage et la musique), alternant, entre autres, gros plans, vues d’ensemble et réactions.

On a l’occasion d’assister à quelques scènes abordées de façon poétique, et qui, tout à fait réussies, éloignent le spectateur du réel pour passer des étapes clés de la narration.

3)    La bande-son et l’esthétique.

Ces deux éléments sont des personnages à part entière de la série. Le voyage du spectateur au fil des années 1980 est alors total. Ce qui pourrait être détail ne l’est pas et cela rend l’immersion dans la série d’autant plus parfaite.

4)    La construction des personnages et leur évolution.

La force de Halt and Catch Fire, c’est cette bible de personnages. Ils sont tellement parfaits dans leur construction, et du coup imparfaits dans leur humanité, que le spectateur ne peut que s’attacher à eux. J’admire vraiment ce travail, car pour moi, c’est la clé de la réussite dans n’importe quelle narration, et là, chapeau ! L’histoire peut alors se construire sur la cohérence des personnages, et avancer grâce à leurs évolutions qui se côtoient : tout est ultra cohérent – chaque réaction, chaque rapport humain, chaque humeur, chaque décision.

Il suffit de regarder l’évolution des deux filles Clark. On les rencontre toutes petites. Et ce qu’elles deviennent adolescentes étaient déjà présent dans l’essence de l’écriture de la première saison.

Et ce que je souligne également, grâce à cet exemple, c’est qu’il n’y a pas à proprement parlé de rôle secondaire. Tout le monde a et prend sa place dans l’histoire des autres sans être relégués à un arrière-plan.

5)    La distribution ♥

HCF distrib

Ces acteurs sont fantastiques ! Tous sans exception. J’ai évidemment mes petits chouchous :

  • Lee Pace : il incarne le grand et mystérieux Joe MacMillan – solaire, complexe et charismatique.
  • Kerry Bishé : je vote « Donna Clark » ! – inspirante, fragile et forte, et d’une beauté élégante.
  • Toby Huss : le meilleur ami qu’on voudrait tous avoir, je cite John Bosworth – attentionné, sans langue de bois et toujours de bons conseils.

Il n’y a pas une fausse note dans le casting de cette série, et c’est à mon avis cette distribution parfaite qui lui donne une telle harmonie.

6)    « Vous les femmes, vous la force ! »

Je ne pense pas que l’on puisse qualifier la série de féministe, ce serait aller trop loin et même réducteur d’en parler en ces termes, (et en plus c’est faux). Mais elle fait indéniablement la part belle à la Femme à partir de la saison 2 pour aller croissant jusqu’à la fin.

Pour illustrer ce point, voici le discours que Donna Clark prononce lors d’une soirée regroupant l’entreprenariat féminin (je ne sais pas quel mot utilisé pour le féminin d’entrepreneur. Entrepreneuse m’écorche un peu l’oreille. Et entrepreneure n’est pas dans le dictionnaire) :

« Je voulais vous remercier d’être là, les gars. « Les gars » … On n’est pas encore rendues. Quand j’ai quitté la fac de Berkeley en 1975, avec mon diplôme en informatique, personne n’a sourcillé. Sûrement parce qu’à l’époque, les programmeuses étaient considérées comme des secrétaires. En tant que petits soldats soudeurs de la chaine, on était quasi invisibles. On était habituées. Mais à un moment donné, ces postes ont pris de l’importance. Entendons-nous bien. Je suis ravie, « les gars », de vous retrouver pour bien manger. Mais lorsque mes filles auront mon âge, j’espère qu’elles ne se réuniront plus ainsi pour se remémorer qu’elles comptent. Je travaille dans la technologie depuis 18 ans. J’ai gagné et j’ai perdu. (…) j’ai accompli des choses. Ça m’a toujours coûté cher mais j’y suis parvenue. L’une des nombreuses leçons que j’ai tirées, c’est que, quoi qu’on fasse, quelqu’un d’autre fera toujours mieux. Si ce quelqu’un d’autre est un homme et même si ce n’est pas meilleur, on lui prêtera juste plus d’attention. Et parfois, ce quelqu’un, c’est nous. (…) À vous toutes, je souhaite que cette soirée marque le début de quelque chose. De cette façon, même si on est amenées à s’affronter un jour ou l’autre, vous saurez que je vous soutiens. C’est plus fort que moi parce que je suis associée de par ma formation ainsi que mère et sœur par choix. Je suis extrêmement fière de vivre cette aventure avec vous. »

Donna Clark, Halt & Catch Fire, Saison 4, dernier épisode.

Lors de la saison 1, Donna vit une vie de mère et d’épouse rangée, discrète et au four et au moulin. Elle rencontre alors Cameron, un esprit libre et rebelle qui ne cesse de s’émanciper. L’amitié qui se crée entre elles en saison 2 devient alors le pilier de la série, en racontant le chemin de femmes qui entreprennent, qui ont des idées et leur donnent vie, qui se retrouvent confrontées à la condescendance des hommes, et qui se soutiennent. On ne s’appesantit pas sur le « C’est pas juste », mais on les voit avancer envers et contre tout (et tous), entourées d’hommes un peu moins cons et obtus que d’autres, car ils ont compris que ce qui importait, ce n’était pas le sexe de la personne avec qui on travaille, mais bien la qualité du travail fourni.

Et malheureusement, Donna, plus de vingt ans après ton discours, je suis au regret de t’annoncer que nous devons toujours nous regrouper pour nous remémorer que nous comptons. Et tant pis, si c’est ça qu’il faut, continuons et rassemblons-nous. 

Donna et Cameron sont des personnages qui m’inspirent, par leur force de travail, leur résilience, leur créativité, leur féminité, leur jusqu’auboutisme.

Ce que j’ai trouvé remarquable dans la série, c’est cette façon d’aborder le sujet de la femme dans la société sans être lourd. On ne vient pas avec ses gros sabots dire : « Laissez donc la place aux femmes. ». On y montre une juste réalité, qui mêle hommes et femmes, sans être moralisateur. Alors, oui, le sujet est toujours d’actualité, et ce n’est pas pour rien que les scénaristes de notre époque ont évidemment inclus ce sujet dans une série se déroulant il y a longtemps, mais pas tant que ça.

Conclusion.

C’est un peu compliqué de conclure autrement qu’en vous disant : « Regardez cette série » ! Je ne suis pas sûre d’avoir réussi à rendre justice à cette œuvre sérielle à la hauteur de ce qu’elle représente dans mon cœur. Donc, si vous l’avez vue également, n’hésitez pas à me donner votre avis. Et si je vous ai convaincu, venez me le dire sur la page Facebook du Blog (en cliquant ICI) et prévenez-moi, ça me fera plaisir !

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