Et toi ? T’écoutes quoi ?

 

Je reviens aujourd’hui avec un billet d’humeur sur un sujet qui m’énerve tout particulièrement, et que je vais d’abord illustrer par un cas particulier :

Deux personnes regardent un clip musical sur un Gsm. Je les rejoins.

Moi : « C’est quoi, c’est qui ? »

X : « C’est pas ton style toutes façons … »

Moi (étonnée) : « Ah … »

La situation m’a vraiment dérangée pour plusieurs raisons : je me suis sentie mise de côté, j’ai trouvé ça con comme réponse (au lieu de me dire tout simplement quel était le groupe), et je me suis demandé à quel moment quelqu’un d’autre que moi pouvait dire si fermement quel était mon style de musique. Mais il y avait une raison plus profonde : cette phrase faisait écho à une situation similaire qui datait de mon adolescence … Ah, les vestiges enfouis du passé.

Je devais avoir 14 ou 15 ans. J’étais à la bibliothèque avec 3 camarades de classe. Elles parlaient musique, X me demande si j’aime bien tel groupe, et Y, avant même ma réponse, lance :

« Bah non. Toi, toutes façons, tu n’écoutes que de la musique classique ! ».

Ça m’avait laissée sans voix : je trouvais ça con et impoli déjà, aussi très réducteur, et puis enfin et surtout, c’était faux ! Mais d’où tenait-elle cette information ? À l’époque, je faisais pas mal de musique en activités extrascolaires : beaucoup de solfège (j’adorais ça), du piano, du violon, de l’histoire de la musique, etc. Et fatalement, ce qui y est étudié, c’est de la musique classique. Il m’arrivait d’en écouter, mais seule et pas assidûment. À la maison, mon éducation musicale était plutôt orientée « variétés françaises » et « musiques des années ’80 ».

Donc, elle tenait ça d’un a priori idiot et ignorant sur les personnes qui suivaient avec plaisir des cours de musique.

Concentrons-nous sur ce sujet précis des goûts musicaux : il est vrai que si vous vous penchez sur ma playlist Spotify, elle offre à écouter des trésors d’antan qu’on pourrait qualifier aujourd’hui de ringards pour certains. Elle a déjà engendré quelques moqueries tout à fait pertinentes, les fois où, pour rigoler, en soirée, j’ai voulu en faire profiter mes convives en passant des pépites comme Aimons-nous vivants de François Valéry ou encore Une autre histoire de Gérard Blanc.

Mais ces chansons-là, pour de vrai, je les écoute avec bonheur. Je n’ai pas honte d’avoir des goûts musicaux que je qualifierais d’éclectiques : Hyphen Hyphen, Pascal Obispo, Max Richter, Aaron, Loïc Nottet, Arctic Monkeys, Barbara, Ez3ckiel, etc. Je vous partagerais même avec plaisir ma playlist Spotify si vous me le demandez.

Mais, c’est bien là l’astuce : la musique, je ne pourrais jamais m’en passer, mais je n’emmerde personne avec ça, je l’écoute quasi toujours avec les écouteurs sur les oreilles sauf lorsque je fais le ménage (allez, j’ennuie sûrement un peu mes voisins). Alors, sachant tout ça, pourquoi des gens se sont permis de me réduire à un seul style musical ?

Difficile de répondre à cette question parce qu’il va falloir catégoriser de façon non-exhaustive et schématisée, mais je relève tout de même deux prémisses à ce type de comportement :

1)    Le cliché peut se montrer rassurant :

Ce concept est particulièrement adapté à la période si complexe de l’adolescence. L’envie de plaire et du coup d’être intégré y est particulièrement présente. Souvent, pour cela, je pense qu’on aura tendance à se renier en apparence et à se faire accepter sans démontrer à l’autre qu’il a tort. On va adopter une posture qui semblera plaire aux autres dans le seul but de « faire partie du groupe ». Il n’est même pas question de popularité, c’est encore un autre sujet.

Le cliché est ici rassurant car, par cette simple phrase, cette fille a réussi à me déclasser tout simplement de la discussion et ainsi prendre davantage de place.

2)    Se mettre en valeur :

De la première prémisse découle souvent la seconde. Avoir plus de place, cela se fait ici en discréditant quelqu’un. D’autant plus qu’avec une formulation affirmative, ça disqualifie l’éventuel propos de l’autre en sous-entendant : « Mes goûts sont meilleurs que les tiens. » ou « Tu as de mauvais goûts. » ou encore « À ça, tu n’y connais rien. ». Donc, c’est une façon de se comparer à l’autre de façon unilatérale et agressive et ainsi se mettre dans une position supérieure.

Réduire l’autre à un cliché permet aussi de le mettre dans une case à la façon de « c’est soit blanc, soit noir », ce qui signifie que ça fait perdre à l’autre toute la richesse qu’il peut cacher, et ainsi le rendre intéressant aux yeux d’autrui.

À l’époque, j’étais quelqu’un d’extrêmement timide. C’était impossible pour moi de répondre de façon proportionnée. Du coup, je prenais les choses très à cœur mais sans jamais en parler. On voit quand même que 15 ans plus tard, ma réaction n’a pas beaucoup évolué, mais sûrement parce que ça me replongée dans le souvenir de quelque chose d’un peu douloureux. Par contre, ça m’a permis de faire un bilan plus approprié sur ce que ça impliquait dans mes relations avec les autres :

De une, je suis quelqu’un de curieux et je ne demande qu’à « combler mes lacunes ». Je ne dois pas hésiter à affirmer ça.

De deux, ce n’est pas parce que j’adore la voix de Pascal Obispo ou que je voue un amour inconditionnel à Olivia Newton-John, que mon oreille n’est pas assez fine pour apprécier du Massive Attack.

Et enfin, de trois, et c’est là où je voulais en venir depuis le début : Pourrions-nous nous rendre compte une fois pour toutes à quel point les gens qui nous entourent sont des êtres complexes et faits d’une multitude d’inspirations différentes qui les rendent ainsi uniques ?

C’est mon postulat. Alors, au lieu de rester pantois, je cherche à présent la réponse adaptée.

Cette recherche, elle est récente d’il y a à peine quelques semaines, et elle provient d’une discussion (que je vous expliquerai peut-être dans un prochain article) que j’ai eue avec un covoitureur au sujet d’une incivilité (Pour voir mon article sur le covoit’, voici le lien : https://wp.me/pa0QkH-39). Je lui disais que je n’allais malheureusement pas éduquer les gens et que ma réaction était de me révolter intérieurement, et basta. Nous étions d’accord sur le fond, mais il ne validait pas la forme.

Lui pensait qu’il était important d’expliquer le pourquoi du comment, d’une part pour informer, et d’autre part pour ne pas ruminer. J’ai trouvé ça d’une justesse implacable, et je l’en remercie d’ailleurs. Au lieu de bouillir intérieurement et de balader mon petit sac de révoltes quotidiennes jusqu’à la nuit tombée, mieux vaut donc expliquer calmement et pédagogiquement pourquoi la personne ne se comporte pas bien. Après, tout dépendra évidemment de la réception de l’explication, mais au moins, j’aurais essayé.

 

Alors, les goûts et les couleurs, ça ne se discute vraiment pas ?

 

Et bien je pense que si en fait. On peut ne pas comprendre les goûts de quelqu’un, du coup on peut en débattre, même essayer de le convaincre, démontrer, argumenter, mais par contre, on ne peut pas juger quelqu’un là-dessus et en plus le mettre de côté, parce qu’on émet l’hypothèse que de toutes façons, ce n’est pas son style. Je pense qu’il serait plus enrichissant et convivial de s’intéresser à la personne qui en plus, pose une question. Donc, les goûts et les couleurs, ça se discute mais ça ne s’impose pas !

D’ailleurs, en écrivant ceci, je me suis demandé si je ne me trompais pas sur l’expression qui aurait plutôt été : « Les goûts et les couleurs, ça ne s’explique pas. ». Elle serait d’ailleurs plus juste, mais non ! Après quelques recherches, l’expression d’origine est : « Des goûts et des couleurs, on ne dispute (ou discute) pas ! ».

Je ne sais pas bien comment terminer ce billet d’humeur parce que le but n’est pas d’être moralisatrice, et en plus, je n’ai pas encore pu expérimenter ma nouvelle vision des choses sur le terrain (le plus tard sera le mieux, j’avoue). Je pense évidemment que je ne suis pas la seule à m’être retrouvée dans ce genre de situations qui s’appliquent à un tas d’autres domaines que la musique. J’essaye juste de trouver une réponse adaptée, qui serait plus courte que ce billet, à ces personnes qui ne voient pas la richesse qu’il peut y avoir chez l’autre. Je ne l’ai pas trouvée je pense, car ce genre de comportements nécessiterait une réponse courte, drôle et ouverte … ou pas ?!

Sans doute que, finalement, le début de la réflexion se trouverait en soi et non dans l’autre. Je pense que j’en viens souvent à cette même conclusion, mais elle trop importante pour ne pas être répétée encore et encore :

Sois fort(e) pour être toi-même, exprime-toi, fais de ta différence un atout, et sois sûr(e) que tes goûts et tes inspirations sont ce qui te rend unique sans avoir à, d’une part, théoriser pourquoi telle chose te touche plutôt qu’une autre, et d’autre part, devoir démontrer ce pourquoi.

Alors, et toi ? T’écoutes quoi ? Viens me dire ça sur la page Facebook : http://www.facebook.com/Meloditdubonheur/

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